La mémoire comme acte citoyen

Auteur:

Olivier K

Publié le:

Face à l’ignorance en démocratie, se souvenir est un premier geste. Un geste simple en apparence, mais profondément politique. Se souvenir de l’histoire, des héritages, des récits qui nous ont précédés. De ce qui a été transmis, mais aussi de ce qui a été tu, effacé, relégué aux marges. Lorsque la mémoire collective se fragmente, le lien démocratique se fissure. Ce qui n’est pas transmis se répète. Ce qui n’est pas nommé revient sous d’autres formes, souvent plus violentes, plus confuses.

Dans un monde saturé d’images et de discours immédiats, se souvenir, c’est ralentir. C’est accepter de regarder en arrière pour mieux comprendre ce qui se joue au présent. Au Théâtre de la Concorde, se souvenir est un acte vivant, incarné, partagé. Le théâtre devient alors un lieu privilégié pour faire résonner les mémoires : par les corps, les voix, les récits, les émotions. Un espace où l’histoire s’éprouve autant qu’elle se pense, où le souvenir devient matière à dialogue, à compréhension et à vigilance démocratique.

La mémoire pour éclairer nos aveuglements

Se souvenir, c’est aussi apprendre à voir ce que les sociétés n’ont pas voulu voir. Avec son ouvrage Peste noirePatrick Boucheron propose une traversée de la plus grande catastrophe démographique de l’histoire humaine, non pour y chercher des leçons toutes faites, mais pour interroger nos propres manières d’affronter l’inconnu, la peur et l’effondrement des certitudes.

En revisitant la pandémie qui frappe l’Europe à partir de 1347, l’historien met en lumière les réactions des pouvoirs, des communautés et des savoirs face à un « événement monstre ». Ce passé lointain résonne étrangement avec nos expériences contemporaines : crises sanitaires, environnementales, politiques, et les angles morts que nous continuons d’entretenir collectivement.

Cette rencontre rappelle que se souvenir n’est pas un refuge, mais un outil critique. L’histoire, en révélant nos fragilités passées, éclaire nos vulnérabilités présentes et nous aide à penser autrement nos choix démocratiques, nos responsabilités et nos aveuglements.

Samedi 14 février à 17h.

La mémoire du corps

Avec Forcenés, le mémoire s’inscrit dans les corps. Sur scène, Léo Gardy, acteur-cycliste, pédale sans relâche, faisant de l’effort une langue à part entière. À partir des chroniques de Philippe BordasJacques Vincey compose une épopée contemporaine où les héros du cyclisme deviennent les figures mythologiques d’un monde populaire souvent oublié.

Ces corps lancés dans la douleur, cette foi sans gloire, racontent autre chose qu’un exploit sportif : une mémoire ouvrière, une dignité obstinée, une résistance silencieuse à la médiocrité et à l’effacement. Le geste répétitif, l’épuisement, le souffle deviennent des actes de lucidité. Se souvenir, ici, c’est reconnaître la beauté de l’effort et la force du collectif.

Dans cet espace de tension extrême, la langue de Bordas se fait chair, haletante, traversée d’humanité. Forcenés rappelle que la mémoire ne se conserve pas seulement dans les archives, mais dans les corps qui persistent, dans les gestes transmis, dans les récits que l’on choisit de continuer à faire vivre.

Du 18 au 28 février à 20h.

La mémoire pour transformer l’intime en commun

Avec La Beauté intérieure, cabaret, la mémoire prend la forme d’une confession partagée. Assise au piano de sa chambre d’enfant, Marion Corrales déroule des fragments de mémoire intime, peuplés de figures familières, drôles, violentes, parfois dérangeantes. Des souvenirs qui ne cherchent ni l’apaisement ni la complaisance, mais la vérité sensible.

La mise en scène de Céline Sallette accompagne cette parole avec justesse, transformant le récit autobiographique en expérience collective. Ici, se souvenir, c’est faire place aux fantômes personnels pour mieux les apprivoiser, les nommer, et en faire une force de réparation et de lien.

Dans cette version cabaret, épurée et acoustique, la voix devient un acte politique. Le souvenir, loin d’être un repli sur soi, s’ouvre à l’autre. Il circule, se partage, et fabrique du commun. Une manière de rappeler que nos histoires individuelles participent toujours d’une mémoire collective, et que les raconter, c’est déjà faire société.

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Technologie

ace aux violences faites aux femmes, le Théâtre de la Concorde affirme le rôle politique de la culture. À travers quatre événements mêlant cinéma, bande dessinée, débat et réflexion philosophique, ce programme entend nommer les violences.