La culture face aux violences faites aux femmes
Auteur:
Olivier K
Publié le:
Face aux violences faites aux femmes, le Théâtre de la Concorde affirme le rôle politique de la culture. À travers quatre événements mêlant cinéma, bande dessinée, débat et réflexion philosophique, ce programme entend nommer les violences, écouter les voix marginalisées et interroger les mécanismes invisibles du patriarcat qui traversent encore nos sociétés. Comment la culture fait avancer la lutte contre les violences faites aux femmes ?
Nommer, analyser, politiser : penser les violences pour transformer la démocratie
Comprendre les violences faites aux femmes suppose d’abord de les nommer, d’en analyser les mécanismes et d’en reconnaître la dimension systémique. À travers deux rencontres, le Théâtre de la Concorde propose d’interroger les structures invisibles qui perpétuent ces violences et les résistances qu’elles suscitent lorsque les récits féministes et queer accèdent à l’espace public.
Avec la rencontre le Patriarcat malgré nous, l’avocate pénaliste Negar Haeri et l’historien-sociologue Ivan Jablonka croisent leurs regards autour de ce qu’ils nomment le continuum des violences. À partir de leurs ouvrages La Jeune Fille et la mort et La Culture du féminicide, ils montrent comment des gestes, des silences et des représentations en apparence anodins participent d’un même système patriarcal qui banalise l’emprise et légitime l’inégalité, jusqu’aux formes les plus extrêmes de violence. Cette rencontre, soutenue par une création musicale, ouvre un espace rare où l’analyse intellectuelle rencontre l’émotion, invitant à regarder autrement les structures qui traversent nos vies démocratiques. Le 28 mars à 17h.
De même, la rencontre avec Alison Bechdel, à l’occasion des vingt ans de Fun Home, interroge la portée politique du récit intime. Figure majeure de la bande dessinée contemporaine et créatrice du célèbre test de Bechdel, l’autrice revient sur le destin paradoxal d’une œuvre devenue à la fois culte et massivement censurée aux États-Unis. À travers son parcours, se dessine une même question : pourquoi les récits féminins et queer, lorsqu’ils rendent visibles des expériences longtemps tues, continuent-ils de susciter autant de résistances ? Raconté à la première personne, l’intime devient ici un geste de résistance face aux tentatives d’effacement. Le 10 mars à 19h.
Raconter, représenter, réparer : le cinéma et la fiction comme espaces de transformation sociale et politique
Si la pensée critique permet de comprendre les violences, la fiction et le cinéma offrent un autre levier essentiel : celui de l’expérience sensible. En donnant corps aux récits, ils rendent visibles les traumatismes, déplacent les regards et ouvrent des espaces de réparation collective
La projection de Touchées, suivie d’un échange avec sa réalisatrice Alexandra Lamy, s’inscrit pleinement dans cette démarche. Adapté du roman graphique de Quentin Zuttion, le film raconte la reconstruction de trois femmes victimes de violences conjugales et sexuelles, réunies lors d’un stage d’escrime thérapeutique. Par une mise en scène sobre et incarnée, Touchées refuse de réduire ses personnages à leur statut de victimes : il montre des femmes en chemin, soutenues par la force du collectif et la sororité. Le cinéma devient alors un lieu de réparation, où les corps, porteurs de mémoire, retrouvent mouvement et puissance. Le 3 mars à 19h30.
Cette réflexion se prolonge avec le cycle EUPRAXIE, imaginé par la philosophe Sandra Laugier. À travers une série de rencontres consacrées à la culture populaire, ce cycle explore le rôle politique des fictions contemporaines (séries, films, récits du quotidien) dans notre compréhension du monde. Cette rencontre réunira notamment Marc Herpoux, co-scénariste de Sambre, une série qui explore les secrets, les violences et les héritages familiaux et Anne-Cécile Genre, journaliste et documentariste du podcast Shame on You, qui propose une relecture de l’affaire DSK en intégrant le point de vue des victimes. Ensemble, ils interrogeront la manière dont les récits sériels peuvent rendre visibles les violences faites aux femmes, fabriquer de l’attention et ouvrir un espace commun de débat. La fiction apparaît ici comme l’un des lieux où se rejoue, face à la fragilisation des institutions, la possibilité même d’un dialogue démocratique.
À travers ces quatre événements, le Théâtre de la Concorde affirme que la lutte contre les violences faites aux femmes ne peut se limiter au seul champ juridique. Penser, raconter, représenter et partager sont autant de gestes culturels qui déplacent les lignes, rendent visibles les violences et participent à la transformation des imaginaires collectifs. En donnant une place centrale aux voix longtemps marginalisées, la culture devient un outil essentiel pour faire avancer la cause féministe et renforcer l’espace démocratique.